tours infernales
A toutes les victimes de la spéculation
Dans leurs tours d'acier
et de verre dépoli
messieurs les financiers
prédateurs accomplis
s'activent à négocier
comme au monopoly
Ces cadres dynamiques
au labeur obstinés
doivent rentrer du fric
c'est pour ça qu'ils sont nés
une vie arithmétique
à l'air conditionné
Ils s'arrachent le monde
sans la moindre pudeur
par transactions immondes
l'argent n'a pas d'odeur
il faut qu'elle soit féconde
leur folie des grandeurs
De leur paranoïa
dépend le cours du gaz
du café, du tafia
du pétrole qu'ils embrasent
une énorme mafia
hélas qui métastase
Ces gangs planétaires
se foutent de l'humain
vampirisent la terre
sans penser à demain
transforment en monétaire
tout en un tournemain
Dans leurs tours d'ivoire
ils vivent en vase clos
exerçant un pouvoir
absolu, mégalo
se faisant un devoir
de baiser les prolos
Ils ont perdu la tête
dans leurs tours à délits
il faut qu'on les arrête
avant que leur folie
n'explose la planète
dixit vox populi
Renaud le 22-02-2012 / tous droits réservés
souvenir d'enfance au parc
C'était jour de printemps, une riante brise
éparpillait les fleurs des grands marronniers roses
les tilleuls embaumaient donnant aux primeroses
une senteur de miel d'une douceur exquise
Les oiseaux s'égayaient, leur doux batifolage
emplissait les allées de notes chamailleuses
les papillons dansaient et leurs ailes soyeuses
avaient l'éclat d'une huile un jour de vernissage
La neige des lilas posait ses flocons blancs
sur les jonquilles d'or et les lys orange
tandis que les glycines laissaient tomber leurs franges
en boucles violettes aux dégradés troublants
Les enfants s'amusaient à des jeux d'autrefois
au croquet, au chambot, au sorlin, à la balle
à la marelle, aux billes, aux toupies musicales
et puis à chat perché une fois, dix fois, cent fois
Les parents regardaient, attentifs et heureux
les vieux se reposaient à l'ombre sur un banc
les buveurs du dimanche marchaient en titubant
et les taillis bruissaient des baisers d'amoureux
Les marchands ambulants à l'humeur débonnaire
proposaient aux chalands glaces et croustillons
friandises, gâteaux et aussi cotillons
et tous riaient gaiement aux sons des limonaires
Plus loin sur l'étang vert les calmes nénuphars
abritaient les envols des jaunes libellules
dont les tourbillons bleus en dentelle de tulle
attiraient les crapauds plus joliment qu'un phare
Les canards barbotaient à travers les massettes
les poules d'eau couvaient sur les herbes flottantes
les pigeons paradaient d'une oeillade aguichante
et toute la nature avait le coeur en fête
Renaud le 25-01-2012 / tous droits réservés
sur l'oreiller du vent
image olivewhite.com
Sur l'oreiller du vent
dans le lit des nuages
je regarde en rêvant
glisser les paysages
pour uniques frontières
j'ai le bleu d'horizon
les forêts, leurs lisières
les couleurs des saisons
mes amis de voyage
sont le soleil levant
les grands oiseaux sauvages
et leurs dessins mouvants
baladin de l'éther
je suis libre et heureux
au dessus de la terre
tout est moins douloureux
je suis en suspension
détaché du réel
comme en lévitation
presque intemporel
je suis l'ombre furtive
la brume vagabonde
les larmes fugitives
désaltérant le monde
je suis le berger blanc
de ces moutons d'azur
mêlant et démêlant
leurs volutes si pures
et le soir dans ma bulle
fin chapiteau de voile
je suis un funambule
décrochant les étoiles
alors à la nuit brune
magique synchronie
je viens poser la lune
comme un point sur mon nid
renaud le 15-12-2011 / tous droits réservés
vos yeux ( pour m.m.m. )
Vos yeux ne sont ils pas ces perles couleur d'ambre
que le matin blottit dans le secret des feuilles
et ces rousses nuances des forêts de novembre
que la nature d'automne accroche aux écureuils
Vos yeux ne sont ils pas ces grains d'arabica
reflétant la beauté des monts d'Abyssinie
et le brûlant délice des tasses de moka
que Gérard de Nerval buvait à l'infini
Vos yeux ne sont ils pas les feux de la saint Jean
la belle transparence de la terre de Sienne
le miel de châtaignier, des noisettes d'argent
le joyeux tourbillon d'une valse de Vienne
Vos yeux ne sont ils pas ces coffrets d'acajou
où dorment à l'abri énigmes et mystères
L'on y trouve, cachés, de vrais petits bijoux
dont l'éclat pur traduit votre heureux caractère
Vos yeux ne sont ils pas ces fleurs d'herbe à la reine
qui apaisent mon âme et calme mes douleurs
mon élixir de vie, ma conscience sereine
ma ligne d'horizon et mon ensorceleur
Vos yeux ne sont ils pas ces éclairs météores
qui embrasent les nues un peu avant la pluie
et ces billes d'agate zébrées de brun et d'or
qui scintillent et qui dansent dans le bleu de la nuit
Vos yeux ne sont ils pas mes anges, mes démons
ma boussole et mon phare, mon ciel, ma galaxie
mes veines, mon esprit, mon coeur et mes poumons
sans vos yeux je mourrai d'une lente asphyxie
Renaud le 3-11-2011 / tous droits réservés
homme à abattre
dessin jp-petit.org
A voir ce qu'il a fait de la beauté du monde
oui l'homme, assurément, est une bête immonde
un être malfaisant, cruel, barbare, odieux
dont l'existence prouve l'absence de tout dieu
Car si un tout puissant, maitre de l'univers
avait un jour créé un fils aussi pervers
nul doute que conscient de sa fatale erreur
il aurait fait en sorte que cette bête meure
Admettre que ce dieu l'aurait fait naitre libre
et entre bien et mal posé en équilibre
pour qu'il puisse choisir et vivre sans entraves
le ferait son complice et au mieux son esclave
La liberté est elle un bien si intouchable
qu'un divin souverain contre ses propres Tables
regarde, indifférent, des abominations
qui devraient provoquer de l'homme l'abolition
Alors pourquoi laisser la Terre être un Enfer
où pullulent sévices, assassinats et guerres
massacres, génocides, horreurs et boucheries
tortures, atrocités, tant de sauvageries
Pourquoi permettre à l'homme de piller la nature
de polluer la vie des autres créatures
d'agir tel un tyran qui n'a ni foi ni loi
et juge ses méfaits comme de purs exploits
La liberté donnée se doit d'être reprise
mais Dieu peut il mener une telle entreprise
la bête monstrueuse est elle encore châtiable
sans doute en créant l'Homme Dieu a créé le Diable
Renaud le 10-10-2011 / tous droits réservés
Vous avez dit vache folle ?
photo Mireille Maugey-Monteil
A vrai dire je n'en doutais pas.Hélas l'homme est vraiment cinglé.
Interdites au niveau européen après l'épisode connu sous la
dénomination de " la maladie de la vache folle " les farines animales
vont certainement être de nouveau autorisées.
Le Conseil National de l'Alimentation s'y est dit favorable
en sa séance du 31 mai 2011.
Cette information, qui m'a été donnée par un éleveur de Corrèze,
et que j'ai vérifiée, m'a suscité cette fable que, je l'espère,
Jean de La Fontaine n'aurait pas désavouée:
Autrefois, image bucolique
dans les champs la vache allait
entre les bouses et les colchiques
de la bonne herbe elle broutait
Au printemps qu'elle était belle
notre vache quand elle vêlait
son p'tit veau blotti sous elle
entre ses pis se faufilait
L'voyant bondir dans les herbages
n'ote vache était heureuse et ravie
sans vouloir en faire un fromage
Dieu que c'est beau une vache qui rit
L'fermier aussi était radieux
la vache lui donnait du bon lait
tout allait ainsi pour le mieux
le bonheur était dans le pré
L'homme et l'animal vivaient de la nature
rythmaient leur existence à son calendrier
nos braves paysans avaient pour seuls augures
les multiples dictons devenus familiers:
Ainsi:
" s'il nait à la Sainte Suzette
l'ptit veau aura de sacrées roupettes
mais s'il vient à la Saint Gudule
il n'aura point de testicules "
Encore:
" quand il fait beau à la Saint Brice
à Pâques il pleut comme vache qui pisse
et s'il vente à la Saint Gilbert
le lait caillera dans l'hiver "
Egalement:
" Si elle meugle à la Saint Marius
juste au moment de l'Angélus
il est dit qu'à la Saint Fernand
la vache ira s'acoquinant "
De même:
" pour peu qu'à la Sainte Luce
la vache saute comme une puce
pour sûr à la Saint Robert
elle marchera de travers "
Enfin:
" quant à la Saint Irénée
la vache broute dans le fossé
à la Saint Guénolé
elle vous donne un baiser "
Ainsi bercé par les proverbes
la vie s'écoulait tranquillement
la vache et son p'tit bouffaient d'l'herbe
le lait coulait abondamment
V'la t'y pas cependant
qu'à l'automne octante sept
le lait soudain s'en vînt manquant
à tel point qu'on crût à une disette
Las les fermiers au lieu d'se rappeler
que quand elle bouse à la Saint Justin
mais ne bouse pas à la Saint Julien
la vache arrête de donner du lait
Et au lieu d'patiemment attendre la Saint Denis
qui marque le grand retour du lait au pis
ils se sont tournés dans leur panique
vers les blouses et les cols chics
dont l'un accoucha en coulisses
d'une véritable idée d'génisse:
" depuis la création du monde
qu'elle offre son lait à la ronde
la vache en fait est fatiguée
des vitamines faut lui donner
mais de vraies bonnes vitamines
pour qu'elle s'les roule dans la farine "
répétait l'ingénieur cocasse:
" faites moi confiance j'm'en décarcasse ! "
" des carcasses ? Des carcasses !
j'en ai partout aux environs "
bêla un éleveur de moutons
Or celà est bien connu
la vache et le mouton
comme la merluche et la morue
sont copains comme cochons
ils fréquentent les mêmes prairies
sans la moindre zizanie
il est donc bien naturel
que leur entraide soit mutuelle
Aussitôt dit, aussitôt fait
pour le bien de la vache le mouton fût broyé
hélas ce fût un 29 juin que l'essai fût tenté
et qu'la vache se r'trouva la gueule enfarinée
Oui maudite et funeste expérience
où l'bon sens paysan fût omis par la science
car:
" si la vache mange de la farine à la Saint Paul
un an plus tard la pauvre bête devient folle "
Homme, apprenti sorcier
qu'as tu fait des adages ?
les vaches étaient sacrées
de tout temps, à tout âge
pour l'avoir orgueilleusement oublié
de la vache ou de toi qui reste prisonnier ?
Reconnais tes erreurs
respecte les ancêtres
la question du bonheur
est " paitre ou ne pas paitre "
Relis le talisman des maximes anciennes
et apprends les par coeur comme une vraie antienne
alors même s'il faut que tu te les rabâches
il fera à nouveau bon vivre sur le plancher des vaches
car tu sauras que quand ça va de pis en pis à la Saint Raymond
ça va toujours de meuh en meuh à la Saint Edmond
Fouchtra !!
Renaud le 19-09-2011 / tous droits réservés
nature et ponctuation
http://photoastro.romande.com
Sur le noir clavier de la nuit une invisible main
tape un point blanc puis deux, puis trois, puis mille.
L'aube s'inscrit lentement par petites touches.
Bientôt seul reste en place un croissant de lune
comme un point virgule.
Les oiseaux s'éveillent, poussant leurs petits accents aigus,
tandis que dans les champs les vaches meuglent
leurs très sérieux accents graves.
Dame chouette, avec sa coiffe en accent circonflexe,
finit sa sortie nocturne sous le faîte du toit
et, après un point d'interrogation,
va se coucher sur les barres obliques du grenier
en se blotissant, dans une sorte de copié-collé, contre
son compagnon le hibou déjà endormi sur un tiret de bois.
Dans la matinée de légers nuages, jolis points de suspension,
viennent déposer, après avoir ouvert leurs guillemets,
les points d'exclamation de la pluie.
Puis c'est la joyeuse parenthèse colorée de l'arc en ciel
magique trait d'union entre l'eau et le soleil.
La nature, revigorée par cette fraiche ondée,
caresse alors avec bonheur les touches échappement
et navigation offrant au promeneur mille et une directions:
à droite, à gauche, en haut, en bas
et même un délicieux voyage en italiques.
A la mi journée les touches menu puis pause
remplissent le flâneur de régal et de bien être
avant que la touche retour ne le tire de sa douce torpeur.
Ensuite la touche défilement accélère le déroulement du temps
et rapidement arrivent les grandes et belles flèches roses du soir.
Alors, avant que l'écran du ciel ne s'obscurcisse
et ne mette un point final au jour, la nouvelle nuit
s'insère doucement et nous emmène rêver en effleurant
délicatement la touche espace
puis la touche étoile ***
Renaud le 2-08-2011 / tous droits réservés
sous ma tonnelle
Sous ma tonnelle il pleut des roses
du chèvrefeuille et du jasmin
des belles de nuit qui éclosent
dans un sourire rouge carmin
Sous ma tonnelle chantent en cascades
mésanges, hirondelles, étourneaux
et répondent à leurs sérénades
fauvettes, rossignols et moineaux
Sous ma tonnelle danse la brise
et sur ses légers entrechats
glisse le parfum des cerises
rondes bouches de geishas
Sous ma tonnelle quand vient le soir
paré de ses couleurs subtiles
qu'il est bon de rêver et voir
la nature s'endormir tranquille
Renaud le 11-07-2011 / tous droits réservés
cette feuille blanche
Cette feuille blanche me fait peur
et m'envoûte en même temps
tel un serpent hypnotiseur
qui magnétise et qui attend
Cette feuille blanche est la cage
où je rentre spontanément
car je m'échappe en voyage
dès que j'ai la plume au vent
Cette feuille blanche est mon rêve
j'y crée le monde à ma façon
je rature, j'ajoute ou j'enlève
je suis architecte et maçon
Cette feuille blanche est ma mie
je la regarde et la caresse
Elle est ma complice, mon amie
avec elle je suis à confesse
Cette feuille blanche je la hais
elle me vaut trop d'insomnies
quand je "sèche" ou quand je refais
elles sont blanches aussi mes nuits
Cette feuille blanche est mon guide
comme d'un aveugle la canne
Oui sans elle je suis invalide
j'ai le manque du toxicomane
Cette feuille blanche est mon coeur
parfois froissé ou déchiré
mais doré de jolies couleurs
dès qu'une main sait l'effleurer.
Renaud le 21 juin 2011 / tous droits réservés
les fées
peinture de Sophie Anderson
J'ai toujours cru aux fées.
Certes beaucoup n'y croient pas ou n'y croient plus mais pour ma part
je n'ai jamais nié la réalité des fées.
J'aime ainsi, à la tombée du jour, m'installer à la terrasse d'un café
que je sais être fréquenté par ces êtres soit disant imaginaires
pour,tout en dégustant un peu d'absinthe, regarder
le déroulement des fées.
Après la fée verte et les fées d'assoupissement qui l'accompagnent
je vois se succéder, comme par enchantement,
toutes sortes d'autres fées.
Celà commence généralement par les fées placebo et les fées
d'optique qui me procurent vite fées bien fées
mille et une illusions agréables autant qu'étranges.
Arrivent ensuite les fées de surprises,tout à fées étonnantes,diverses
et magiques suivies des fées de modes incluant les fées de jambes
et les fées de manches,ces dernières très gracieuses et agitant
leurs fameux doigts de fées à l'origine de la jolie expression
" fées et gestes "
Puis c'est l'apparition des fées musicales,certaines pleines de résonances
et de magnétisme, comme les fées Doppler, d'autres fort peu
mélodieuses comme les fées Larsen.
A leur suite viennent les fées du logis et les bonnes fées,
absolument adorables, mais très jalousées et disparaissant
souvent trop rapidement sous les fées de la colère
elles mêmes ensuite chassées par les fées boomerang.
Parfois se présentent alors les fées indésirables
et les fées du Prince qui s'autorisent toutes sortes de voies de fées
provoquant l'arrivée de la fée C, dite Carabosse, qui ne plaisante
vraiment pas et disperse tout ce beau monde sans ménagement.
Arrivent enfin les fées paresseuses, nonchalantes, vivant de l'air du temps
qu'on appelle les fées néantes ou les fées gnasses
et qui ne donnent pas du tout envie de travailler.
C'est alors que je vais me coucher
merveilleusement détendu et rajeuni car elles ont le don
de faire disparaitre les fées, mes rides.
Hormis ces rendez vous vespéraux j'attends impatiemment
tous les premiers mai la venue de la fée Clochette
petite, naïve, toute blanche, sensible, fragile
et sentant si bon.....
J'aime aussi,le 14 juillet,aller voir défiler les fées.
La générale des fées, paradant avec ses nombreuses gardes du corps,
les fées de masse et les fées de groupe ( certaines l'entourant
à cheval,les fées de cavalerie; d'autres la portant sur son pavois,
les fées de levier; d'autres encore étant simplement là pour lui porter
chance, les fées d'aubaine ) présente tout d'abord ses fées d'armes,
celles ayant durant l'année écoulée réussi à conjurer le mauvais sort
et les mauvais esprits, puis les fées étrangères invitées.
La dernière fois ce furent les fées combattantes d'Afrique du Nord
en lutte pour leur indépendance.
J'ai ainsi pu voir les fées Dayins,les fées Laghas et les fées Louzes
toutes très impressionnantes.
Par ailleurs en plein coeur de l'été je crains beaucoup les fées de serre
qui ne se rendent pas bien compte de la chaleur que leurs activités
génèrent et les fées papillons qui, d'un seul coup d'aile, peuvent
provoquer d'incroyables tourbillons.
Mais en fin d'année j'adore regarder les fées d'hiver et surtout
les fées boules de neige qui sont si belles et si colorées...
Voilà vous aurez compris, je pense, par ces quelques lignes,
que les fées existent bel et bien et que chercher à nier les fées
ne sert strictement à rien car tôt ou tard
l'on doit rétablir les fées.
Renaud le 31 mai 2011 / tous droits réservés










