jongleries_1

 

 

Les vers ont toujours fait partie de ma vie.

Déjà dans mon berceau ou dans mon bain il parait que je bredouillais

des onomatopées qui rimaient

( areuh-areuh, miam-miam, plouf-plouf )

L'on constatera qu'il s'agissait de rimes manifestement riches

puisqu'offrant des syllabes, des articulations et des sons

en tous points correspondant.

Mes parents étaient très fiers et affirmaient à qui voulaient les entendre:

" notre petit Renaud c'est tout un poème "

Eh oui, là où certains prenaient la prose, je versifiais.

C'était comme çà, avec rimes et sans raisons, les vers étaient mon.........

univers.

Père et mère me nourissaient de façon appropriée pour développer

ce talent et me donnaient essentiellement à manger

des légumes vers et des pâtes ( surtout du vers-micelle )

Je buvais aussi beaucoup de vers d'eau, de vers de lait puis vers le soir

toutes sortes de vers-veines pour, plus tard, avoir de la chance.

A mon adolescence mon père m'initia au vers-mouth qui me provoquait

cependant le vers-tige.

J'étais ainsi assez souvent entre deux vers mais sans cependant les avoir

dans le nez, bien au contraire.

Ce penchant pour le vers bouteille me rendait un peu sauvage.

J'ai donc eu longtemps le vers solitaire ce qui, certes, facilite

la culture du vers à soi mais pas celle du vers de contact, pourtant

si nécessaire.

De plus, très frileux, je m'isolais dans ma laine de vers ce qui m'amenait,

naturellement, à écrire du vers laine.

J'écrivais près de la cheminée qu'on alimentait avec du bois vers et

j'en sortais des vers d'âtre, pleins de châleur, parait il.

Pendant mes loisirs je jouais avec de la pâte de vers.

Je confectionnais des morceaux de vers de toutes sortes

allant des vers ordinaires aux vers à pieds, des vers soufflés

aux vers jetables lorsqu'ils étaient irrécupérables,

aux vers ni sages ni polis lorsqu'ils étaient vers olé.

Pour écrire j'utilisais mon propre papier de vers

( car je veillais au grain )

que je préparais avec une fibre de vers spéciale permettant de mieux feuilleter

mes vers afin qu'ils ne blessent point mes lecteurs.

Et d'ailleurs ceux qui se sont pris la tête avec mes vers feuilletés

ne se sont fait aucun mal.

En effet étant d'après les uns à moitié intelligent et d'après les autres

à moitié idiot j'écrivais surtout des vers mi sots

dont certains ( l'on n'est jamais mieux asservi que par soi même )

me faisaient me tordre........littéralement!

J'écrivais aussi des vers sur commandes et je proposais, à cet égard,

toute une série de services de vers.

Je pouvais, en ces occasions, composer de très belles pièces.

L'on pouvait encore me confier des images, que je mettais sous vers,

ou des sentiments.Je créais alors, entre autres, des vers de peur,

des vers de rage ou des vers galants.

J'évitais, autant que vers se pouvait, le vers triste, sorte de vers glas,

pour éviter tout dérapage, notamment sur papier glacé.

Je préférais le vers joyeux riant de tout son éclat de vers.

Je prenais mon temps pour éviter le vers sans car il faut que le vers dure.

J'écrivais donc du vers lent, plein de profondeur et de vérité

pour qu'il soit plus tard vers à citer.

Car il ne faut surtout pas s'y tromper:

quand le vers se ment c'est que le vers se meurt

et l'on ne peut alors au vers s'y fier.

Et si le poète perd ses vers, croyez le bien, c'est la fin.....

 

Renaud, le père vers

 

 

Renaud le 31-03-2011 / tous droits réservés