grenier 3

 

 

 

Lorsque je suis chagrin ou veux être tranquille
je monte en mon grenier, sûr et paisible endroit
j’aime me retrouver en ce charmant asile
où le passé sommeille à l’ombre du vieux toit

Par les blêmes carreaux d’une étroite lucarne
la luisance du jour diffuse ses rayons
éclairant doucement le comble en ses arcanes
et le capharnaüm régnant sous ses chevrons

Ici et là drapées d’un halo de poussière
de rondes araignées tissent leurs fils d’argent
avec la minutie d’une passementière
montant et descendant tels des yoyos dansant

En ce lieu de repos l’esprit de mes ancêtres
flotte sur chaque objet, bien aimé souvenir
Quand je les prends en mains je les vois apparaître
et quand je les repose ils semblent repartir

Ces meubles, bibelots, jouets, livres, breloques
sont pour moi des machines à remonter le temps
la réminiscence d’une lointaine époque
où j’étais un gamin heureux, insouciant

La cuisinière à bois et les marmites en fonte
me rappellent grand-mère et ses bons petits plats
Elle les préparait en nous disant des contes
pendant que nous mangions sa tarte au chocolat

Près du bonheur du jour le fauteuil à bascule
où fumait mon grand-père en lisant son journal
accueille désormais mon petit ours Ursule
les poupées de ma soeur, un castor, un cheval

La commode en noyer conserve les dentelles
de coton et de soie que ma mère portait
ses broches, ses camées, ses beaux colliers de perles
qu’un peintre a glorifiés en de jolis portraits

Au fond du débarras dorment les cannes à pêche
que mon père tenait assis au bord du lac
afin de nous offrir des truites à l’escabèche
quand lui les préférait flambées à l’armagnac

Ils sont là les flacons, faïences et porcelaines
les pichets, les bougeoirs, la trompette et le cor
le costume d’indien, l’habit de capitaine
l’argenterie, les bronzes et le coffre aux trésors

Elles sont là les nappes et les lampes à pétrole
la radio à galène et la cage à oiseaux
mes petites voitures et bien d’autres babioles
en vrac sur une table et dans le grand berceau

Et puis le coin des jeux où avec mes cousines
nous nous déguisions et montions des décors
ce qui émerveillait ma chatte Sécotine
qui faisait de grands bonds que je revois encor

Nous passions des journées en cet antre magique
à refaire le monde et troquer des secrets
à regarder sans fin notre train électrique
filer à toute allure et se mettre à l’arrêt

Ce précieux bric-à-brac, exquise rémanence
prolonge la présence en mon coeur attendri
de mes chers disparus et cette survivance
m’offre le pur bonheur de les croire à l’abri

De cet humble grenier qui me sert de sésame
je réponds au poète à Milly se trouvant:
«Objets inanimés oui vous avez une âme
qui fait le messager entre morts et vivants»



Renaud MAUGEY le 26 avril 2015

 

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