toits

 

 

 

 

Au temps de mes vingt ans je vivais sous les toits

Une chambre en mansarde abritait ma bohème

Insouciant, heureux, en ce logis étroit

Dans les vapeurs d’alcools j’écrivais des poèmes

 

La lune me servait de lampe de chevet

Je composais des vers que j’offrais aux étoiles

Je récitais Rimbaud assis sur mon duvet

Rêvant à Ophélie flottant dans son long voile

 

Je partageais les lieux avec Ébène, un chat

Qui était apparu un soir à ma lucarne

C’est ma tarte au saumon qui, je crois, l’alléchât

Dès lors mon garni fût son pays de cocagne

 

Parfois je le suivais par le vieux vasistas

Sur les versants pentus de la vaste toiture

Et pendant qu’il cherchait quelques señoritas

Je respirais la ville en ses fragrances impures

 

Entre sol et nuages et loin du grouillement

Je restais là, pensif, à écouter la vie

En tous ses bruits divers et son bouillonnement

Et j’admirais la Seine ardente ou alanguie

 

La couverture en zinc semblait un océan

Aux vagues argentées et les cheminées grises

Celles de vieux steamers au panache fumant

Partant pour des voyages inventés par la brise

 

Bien souvent sous ce comble avec quelques amis

Nous refaisions le monde en piètres philosophes

Tout en jouant aux dés, à la coinche, au rami

Et lançant jeux de mots, charades et anastrophes

 

 

 

C’est aussi en ce nid que mes primes amours

Ont fait vibrer mon cœur et torturé mon âme

T’en souviens tu Armance aux lèvres de velours

Et toi lutine Inès, vive et dansante flamme

 

Je n’étais jamais seul en cet abri sous toit

Je voyais défiler au dessus de ma tête

Des moineaux, des pigeons, des souris et parfois

Brillant sur le carreau les yeux d’une chouette

 

Je contemplais aussi chaque matin le ciel

Déployant ses couleurs allant du grège au rose

Posant ombres et lumières, orages, ondées, soleil

Sur ma vitre comblée par ses métamorphoses

 

Et j’aimais le silence envoûtant et secret

Que la nuit égrenait sur la ville endormie

Je me sentais gardien du haut de mon adret

du sommeil des autres sous la voûte embrunie

 

La vie s’est écoulée et je n’ai plus vingt ans

Mais je conserve en moi ce lieu de ma jeunesse

Afin d’éterniser ma soupente d’antan

Car il n’y a plus rien à mon ancienne adresse

 

 

 

 

 Renaud MAUGEY le 30 avril 2018

 

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